Célio Mattos

Célio Mattos est auteur, compositeur, arrangeur, guitariste, bassiste, chanteur, producteur… Il débute sa carrière à la fin des années 1970 en se produisant dans des pubs, des cafés et des théâtres à São Paulo et à Rio de Janeiro, au Brésil.

Il entre en 1982 au Conservatoire supérieur de musique de Rio de Janeiro, dans les classes de composition et de direction d’orchestre. En 1987 il intègre, comme bassiste et arrangeur, le groupe Terra Brasil et tourne pendant cinq ans en Europe, Afrique du Nord et Caraïbes. Depuis 1992, il développe son propre travail de création. En 1995 il participe à la formation du groupe Jiripoca Band ; des centaines de concerts et sept albums s’ensuivront.

Célio compose et arrange pour des événements de grande ampleur : la Batucada des mille en 2011 ; le projet SambaSax en 2014, avec l’ouverture du festival Jazz à Vienne, et la « samba tarentelle », dansée par 16.000 spectateurs à la fin du défilé de la Biennale de la danse à Lyon ; le projet L’Arbre à palabres à Bourg-en-Bresse.

Composition

« J’ai eu l’idée, en me retournant sur mes pratiques de compositeur, mais aussi par un goût prononcé pour les combinaisons mathématiques, de scruter le nombre 12 : ce qui aujourd’hui m’intéresse, c’est de confronter la théorie musicale et sa rigueur mathématique à la création vivante, d’expérimenter comment le matériau de base, la combinaison de 3 et 4 éléments rythmiques et ou mélodiques dans le mouvement musical – inévitablement un 12 – se fait oublier au fur et à mesure que l’œuvre musicale avance. L’analyse s’opère aussi en sens inverse : il s’agit en quelque sorte de conscientiser l’effet musical, de faire apparaître, aux interprètes, ou aux auditeurs, qu’un rythme « ne vient jamais tout seul », qu’il est toujours possible de repérer une cellule rythmique élémentaire (clave) qui découpe les battements réguliers (pulsation) ; surtout si l’on parle des musiques populaires créées pour la danse.

Ce qui a cristallisé ma réflexion sur ce point, c’est ma découverte récente d’une méthode d’apprentissage du rythme, la méthode O Passo, mise au point par le musicologue brésilien Lucas Ciavatta. Il utilise la marche et des figures en 2, 3 ou 4 pas pour situer le rythme dans l’espace. Méthode très efficace, et pratique aussi pour les compositeurs puisque la méthode débouche sur un système de notation musicale.

Ainsi, le projet XII-12, fait de l’instrument de conception (la combinaison de trois et de quatre) l’objet même de la création, interroge et propose par la gestuelle de la danseuse la fusion du nombre dans la mélodie. Vrai défi, mais qui ramène somme toute aux théories de la musique mises en pratique ! »

Influences, références…

« Les musiques que je compose pour la création de XII-12 condensent et organisent les références qui n’ont cessé de me nourrir dans ma carrière de compositeur et d’interprète.

Je tiens à ma culture brésilienne, et j’ai le désir militant d’en conserver l’authenticité, d’asseoir mes créations, par exemple sur des gammes modales, typiques de la musique du Nordeste, ou sur des rythmes populaires : ainsi Quetzal est un maracatu. Je vais même plus loin dans cette approche des rythmes traditionnels : le morceau éponyme, XII-12, donne une place importante aux instruments de percussion, pour faire apparaître dans un jeu d’alternance, de canon, de superposition et d’enchevêtrement les possibilités de combinaison rythmique autour du nombre douze. Ainsi dans la musique populaire brésilienne, c’est ce choix de cellules rythmiques qui donne leur identité aux différents genres, samba, bãiaoijexá, les formes de bossa-nova nées du rapprochement avec d’autres genres ou d’autres cultures. Je pourrais citer ici au nombre de mes références Pixinguinha,Tom Jobim ; ou Gilberto Gil, Caetano Veloso et le mouvement Tropicaliste de la fin des années 1960. Quant il s’agit de mélodie, c’est Villa-Lobos, qui me fait entendre une musicalité spécifiquement brésilienne et m’inspire ; mais je ne me limite pas aux horizons du Brésil : Debussy et Ravel sont là également…

Une des pièces que nous allons créer, La Plume, est en forme de prélude : lorsque je cherche un dessin mélodique, je me rapproche souvent de la manière de Bach pour l’architecture des thèmes, pour les effets de transposition, de reprise et de retour, pour cette rigueur mathématique qui la caractérise. La guitare joue un arpège polyrythmique et c’est le saxophone qui expose et développe le thème, improvise avec une couleur jazz et revient au thème initial. 

Enfin je suis un musicien interprète, non pas un virtuose, mais j’essaie d’avoir un jeu précis et épuré ; et s’il fallait citer quelqu’un qui pourrait être un modèle, ce serait Baden Powell. »

Célio Mattos – celiomattos.com